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Chroniques à méditer pour l'été...


L'été est une saison propice à laisser reposer la corde de l'arc pour lui redonner son efficacité future...aussi, lors de votre farniente, laissez votre esprit vagabonder, car c'est aussi une forme de méditation, car il n'est nullement impératif d'être toujours dans le stress du "faire". C'est pourquoi je vous livre ces petites histoires bien sympathiques mais néanmoins profondes que vous connaissez peut être déjà :

L'empereur choisit un Premier ministre

Il était une fois un empereur, qui voulait choisir en qualité de Premier ministre le plus sage, le plus avisé de ses sujets.

Après une série d'épreuves difficiles, il ne resta en lice que trois concurrents.

"Voici le dernier obstacle, l'ultime défi, leur dit il. Vous serez enfermés dans une pièce. La porte sera munie d'une serrure compliquée et solide. Le premier qui réussira à sortir, sera l'élu".

Deux des postulants, qui étaient forts savants, se plongèrent aussitôt dans des calculs ardus. Ils alignaient des colonnes de chiffres, traçaient des schémas embrouillés, des diagrammes hermétiques. De temps en temps, ils se levaient, examinaient la serrure d'un air pensif, et retournaient à leurs travaux en soupirant.

Le troisième, assis sur une chaise, ne faisait rien. Il méditait. Tout à coup, il se leva; alla à la porte, tourna la poignée; la porte s'ouvrit, et il s'en alla.

Un samurai se présenta devant le Maitre Zen Hakuin et lui demanda : Y a-t-il réellement un paradis et un enfer ?

— Qui es-tu? » demanda le Maitre.

— Je suis le samurai...

— Toi, un guerrier l s'exclama Manisa. Mais regarde-toi. Quel seigneur voudrait t'avoir à son service? Tu as l'air d'un mendiant

La colère s'empara du samurai. Il saisit son sabre et le dégaina. Hakuin poursuivit

— Ah bon, tu as même un sabre ?! Mais tu es sûrement trop maladroit pour me couper la tête. »

Hors de lui, Ie samouraï leva son sabre, prêt à frapper le Maitre. A ce moment celui-ci dit

— Ici s'ouvrent les portes de l'enfer.

Surpris par la tranquille assurance du moine, le samurai rengaina son sabre et s'inclina.

— Ici s'ouvrent les portes du paradis, lui dit alors le Maitre.


Chance ou malchance ?

Un habitant du nord de la Chine vit un jour son cheval s'échapper et passer de l'autre côté de la frontière. Le cheval fut considéré comme perdu.

A ses voisins qui venaient lui présenter leur sympathie, le vieil homme répondit:

— La perte de mon cheval est certes un grand malheur. Mais qui sait si dans cette malchance ne se cache pas une chance?

Quelques mois plus tard, le cheval revint accompagné d'une magnifique jument. Les voisins félicitèrent l'homme, qui leur dit, impassible:

— Est-ce une chance, ou est-ce une malchance?

Le fils unique du vieil homme fut pris d'une véritable passion pour la jument. Il la montait très souvent et finit un jour par se casser la jambe pour de bon.

Aux condoléances des voisins, l'homme répondit, imperturbable:

— Et si cet accident était une chance pour mon fils?

L'année suivante les Huns envahirent le nord du pays. Tous les jeunes du village furent mobilisés et partirent au front. Aucun n'en revint. Le fils estropié du vieil homme, non mobilisable, fut le seul à échapper à l'hécatombe...


Un jour, une femme en pleurs vint trouver le Bouddha. Son seul enfant venait de mourir, elle avait déjà perdu son mari, et il ne lui restait plus personne au monde. Le Bouddha lui sourit avec bonté et lui dit :

"Va dans la ville et rapporte-moi quelques grains de sénevé d'une maison où jamais personne n'est mort." Elle s'en fut. Mais partout, la femme reçut la même réponse.

"Nous pouvons te donner autant de grains de sénevé que tu veux, mais la condition est impossible à remplir! Sous ce toit, beaucoup de personnes ont déjà rendu l'âme."

Elle s'obstina et poursuivit sa recherche, dans l'espoir de trouver une maison où la faucheuse n'aurait jamais frappé. A la nuit tombé, elle renonça, et comprit que la mort faisait partie de la vie ; la mort n'est pas un désastre, elle survient tôt ou tard. Elle retourna voir le Bouddha qui lui demanda si elle rapportait des grains de sénevé. La femme se prosterna et dit :

"Accorde-moi l'Initiation, je souhaite connaître ce qui n'est pas éphémère. Je ne te demande plus de me rendre mon enfant, il mourrait de toute façon un jour ou l'autre. Enseigne moi plutôt ce qui ne meurt jamais.


Un jour, quelqu'un vint voir Socrate et lui dit :

- Ecoute Socrate, il faut que je te raconte comment ton ami s'est conduit.

- Arrête ! interrompit l'homme sage. As-tu passé ce que tu as à me dire à travers les trois tamis ?

- Trois tamis ? dit l'autre, rempli d'étonnement.

- Oui, mon bon ami : trois tamis. Examinons si ce que tu as à me dire peut passer par les trois tamis. Le premier est celui de la vérité. As-tu contrôlé si tout ce que tu veux me raconter est vrai ?

- Non, je l'ai entendu raconter et...

- Bien, bien. Mais assurément tu l'as fait passer à travers le deuxième tamis. C'est celui de la bonté. Est-ce que ce que tu veux me raconter, si ce n'est pas tout à fait vrai, est au moins quelque chose de bon ?

Hésitant, l'autre répondit :

- Non, ce n'est pas quelques chose de bon, au contraire.

- Hum ! dit le Sage, essayons de nous servir du troisième tamis, et voyons s'il est utile de me raconter ce que tu as envie de me dire...

- Utile ? Pas précisément...

- Eh bien ! dit Socrate en souriant, si ce que as à me dire n'est ni vrai, ni bon, ni utile, je préfère ne pas le savoir, et quant à toi, je te conseille de l'oublier...

Bonne détente à toutes et tous.

receuilli par Michel d'Aoste, le 26 juin 2009.